Marco Platania (Goethe University)

Le texte et son public: ruptures et continuité du discours colonial français entre XVIIIe et XIXe siècles (la quatrième édition de l’Histoire des deux Indes)

La communication envisage la quatrième édition de l’Histoire des deux Indes (HDI 1820) comme plaque tournante de la construction et de la diffusion de la représentation discursive du fait colonial par la culture des Lumières. D’un côté, l’HDI 1820 se construit de la même manière que les autres éditions : elle puise ses informations dans les rapports administratifs, dans les récits de voyage, dans le mémoires, dans la littérature. C’est à partir de l’interprétation de ces données que l’HDI construit son discours «philosophique et politique» sur le problème colonial. De l’autre côté, l’édition 1820 se confronte à l’évolution rapide de la production et de la circulation d’informations nécessaires à l’étude du fait colonial entre (notamment, les «Annales maritimes et coloniales», publient des informations officielles).

La communication pose le problème de l’adaptation de l’HDI au public et à la société savante des premières décennies du XIXe siècle. Est-ce que l’histoire narrative, critique et philosophique du fait colonial telle qu’elle était représentée par les trois précédentes éditions de l’HDI suscitait encore l’intérêt du public ? Quelle a été la réception de l’édition 1820 dans la société française ? Je voudrais avancer l’hypothèse que le succès plus modeste de l’HDI 1820 par rapport à la troisième édition est lié aux transformations du public et de la sphère publique, ainsi qu’à l’évolution rapide d’une nouvelle approche « scientifique » à l’étude et à la compréhension du fait colonial.

D’ailleurs, si les décalages dans les représentation historiographiques des pratiques coloniales entre la quatrième édition de l’HDI et les trois premières sont évidents (le cas le plus célèbre est le rééquilibrage, voire la diminution des critiques à la traite négrière), il est néanmoins important de remarquer que même la quatrième édition ne se laisse pas envisager comme instrument de propagande. Elle veut rester, au contraire, entreprise de réflexion pour l’étude du fait colonial, et revendique la possibilité d’avancer des critiques (cf., par exemple, les critiques aux politiques française en Asie).